
On dépose le bilan, calmement (2bad)
septembre 5, 2008
15 Septembre 2003, United music, distributeur d’un nombre incroyable d’indés, dépose le bilan, laissant sur le carreau plusieurs dizaines de groupes qui n’ont même plus accès à leurs stocks. Non sans avoir auparavant signé une floppé de projets plus ou moins bons, espérant ainsi échapper au naufrage par la quantité, mais entrainant malgré eux tous ces groupes dans le gouffre. La technique est “connue”, les responsables aussi (ceux qui signaient à tour de bras 6 mois avant), mais eux, pas de souci, on les retrouvera à un autre poste, dans une autre boîte, salariés de la musique, jamais vraiment impliqués, jamais vraiment inquiétés, payés indirectement par le travail des artistes qu’on ne paye pas.
C’est le cas du premier album de Sept, “Amnésie”, sorti peu avant sur ce label via Maximum Boycott. En bon artiste autoproduit, Sept ne va pas chercher à comprendre plus loin, il prend sur lui, le principal c’est que ce qui reste de ses 1000 exemplaires soient encore en vente, que les gens puissent les trouver, basta. Comme beaucoup d’artistes, tout ça le soule au plus haut point, il préfère tirer une croix dessus et suivre son chemin, un peu plus aigri, un peu plus désabusé. Tellement de gens ont morflé sur ce coup, se battre ne servirait à rien.
Mi-2005, c’est Venus distribution, apparemment plus solide, qui met la clé sous la porte. Personnellement, je l’ai appris tout simplement parce que mon pote Rachid Wallas leur avait confié les 3000 exemplaires qu’il avait fabriqué…sur leurs conseils ! “Avec 1000 exemplaires on ne peut pas travailler sérieusement, fais-en au moins 2 ou 3000 !”. Enfin un distrib impliqué ? Plutôt: encore un distrib malin, aux abois, qui pousse les autoproduits à prendre un maximum de risques sans les prévenir de la situation, encore un qui veut du stock rapidement, sans frais, à mettre en bacs illico pour récupérer ce qui peut-être le sauvera de la fermeture. Sans le dire, bien sûr, qui voudrait se lancer en partenariat avec un canard boiteux qui a une mire dessinée sur le front ?
Je vous laisse imaginer le pauvre Rachid, refait de milliers d’euros, n’ayant plus de quoi financer quoi que ce soit en rapport avec le disque qu’il a mis un an et demi à faire, quelques semaines seulement après sa sortie. Et tous les autres dans son cas, une vraie décapitation des forces vives de l’indépendance, ceux qui vivent de trois sous pour pouvoir assouvir leur passion en parallèle, continuer leur histoire, tout simplement.
15 mai 2006, Soklak sort son premier album en distrib chez Nocturne, enseigne “qui en impose” vu leur catalogue et le rythme de leurs sorties. Un peu échaudé par les expériences de mes amis, je demandais à voir comment ils allaient gérer ça, et une fois de plus, 3000 exemplaires sont pressés (avancés par le distrib, c’est plutôt rassurant c’est vrai), semaine après semaine les relevés de vente sont bien conformes, jusqu’au remboursement du pressage, puis vient le temps où il faut enfin se partager les maigres bénéfices. Depuis ce jour, impossible de toucher un centime, il y a toujours une bonne raison de repousser le paiement, le distributeur après des coups de fil houleux ayant même le culot de promettre payer une facture dans la semaine, et envoyant à la place un relevé de retenues à venir, une facture, quoi. De quoi péter un câble, envoyer l’armée des ombres nettoyer tout ça, mais non, on est cools, pas hippies, mais cools, on se dit que “ça viendra”, que finalement, on est pas si pressé que ça, on a d’autres chattes à fouetter (maow!)…
Bilan au 5 septembre 2008: Soklak n’a toujours pas vu un centime, le distributeur à encaissé de son coté de quoi faire vivre l’un de nous presque une année pleine. Super, on continue d’y croire.
2006-2008: je pense sérieusement à contourner les distributeurs, finalement ils n’ont toujours couté pour les micro structures plus qu’ils n’ont rapportés, enfin de mon expérience personnelle en tout cas. Il est vrai que Unity records, qui a distribué la trilogie Bootleg a été super réglo, mais ils ont fermé très vite eux aussi, ce n’était pas leur activité principale la distribution. Mais comment faire ? Tout est fait pour prendre les petits dans les mailles du filet: à la Rnac, sans broncher, on vous explique qu’avoir un distributeur est la seule façon d’être en bacs, c’est radical, il faut un passe droit, et celui ci est payant: environ 50% de vos revenus, quand bien même vous pouvez livrer vous-même les disques et faire le suivi. Et (est-il utile de le répéter ?), ces 50% sont hypothétiques, payés à un an au bas mot, si jamais un jour. On doit leur confier les stocks, il y a des clauses de restriction de vente le premier mois (on ne peut pas vendre honnêtement au main à main, en concerts et autres, par exemple, pendant une durée donnée, pour “susciter l’intérêt en bacs”, il faut renvoyer les gens à la Rnac et autres espaces culturels Lopak, bref ce que moi le petit chieur irrésolu j’appelle “servir la soupe”).
Allons donc voir les distribs restant, alors, peut-être n’y a-t-il eu que des mauvaises expériences mais que tout n’est pas si noir: “alors nous c’est simple on ne prend plus en distrib que si vous nous confiez un clip à produire, ensuite c’est 60/40″. Traduire: il faut payer X euros le droit de donner 40% à un passeur (en direction des bacs de la Rnac) d’un projet dont on espère vendre 1000, 2000 exemplaires ?
C’est vrai que c’est dur, distributeur, de nos jours, la crise, tout ça, les frais, blah blah, comme vous me l’expliquez à chaque fois que je vous rencontre pour justifier ces % qui s’ajoutent à votre part mois après mois, ces conditions plus restrictives, cette absence de moyens mis en oeuvre aussi. Mais est-ce que je viens vous voir en chialant que j’ai des frais de production ? Que je ne paye même pas les artistes ? Que j’ai 150 personnes prêtes à acheter le disque en direct afin de me faire un appel d’air financier ? Non, car vous n’en avez à juste titre rien à foutre, vous voyez 1000 CD livrés à votre porte gratuitement, des CDs dont le contenu ne vaut vraiment rien puisque vous le répétez souvent que “ça coute un euro à fabriquer un CD, tu en récupères 4, c’est bien non ?”. Car le CD ne vaut que l’objet, depuis quelques années.
Bref, ensuite il faut expliquer aux artistes que ce serait bien de ne pas prendre de distrib, par sécurité, au moins dans un premier temps, histoire d’avoir les mains libres, les stocks à dispo, d’être autonome, de ne pas prendre le risque de la carotte. “Mais moi je veux être dans les bacs, merde, offishal quoi !”…
4 Septembre 2008: 2Good se met en liquidation, nous enfonçant (ainsi qu’une tripoté de “petits”) apparemment bien profond la facture impayée depuis des mois qu’on nous promettait pour la rentrée, afin de presser notre prochain projet. Évidemment, la personne qui promet ce paiement sait déjà qu’elle ne fait que retarder jusqu’à ne plus avoir à payer. C’est déjà bien, il y a 6 mois, on a réussi à se faire payer une première partie qui couvrait pile poil les frais de mastering et de pressage, un an après la sortie.. en faisant appel à un avocat !
Pour toutes ces raisons, il est probable que vous ne nous trouviez plus en bacs, sauf ceux qui nous accepteront en dépot, même si il ne faut jamais dire jamais, et même si je continue à rencontrer des partenaires potentiels pour nos sorties.
Mais finalement, ça nous correspond bien, l’auto distrib. Au bout de trois rendez-vous où on rechigne à avoir un avis sur l’album en lui même (c’est vrai qu’on est réputés pour faire de la merde), où on passe entre Roi Heenok et des merdes sans nom mais qui “ont leur public, mine de rien”, on rentre chez soi, un peu soulé un peu naze, on s’en roule un alors qu’on devait arrêter, et on allume le sampler, pour revenir un peu à l’essentiel, et oublier une fois de plus que dans la basse-cour de l’industrie du disque, les artistes indépendants seront toujours les dindons de la farce.
Par Lartizan, le 05 septembre 2008
PS: Si vous avez des disques ou des thunes chez les distribs en ce moment, il est temps de vous remuer, apparemment 2good n’est que le premier d’une liste qui s’annonce bien remplie.
Merci pour cet article, très intéressant pour les gens qui n’y “connaissent” rien !